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Jour 16 - Samedi 22 Juillet

Transnistrie

Ce matin nous prenons le bus pour la Transnistrie. Pourquoi le bus ? Parceque la Transnistrie c'est particulier et qu'y accéder en voiture est compliqué (et comme c'est tout petit on a décidé d'aller au plus simple et d'utiliser les transports publiques...). En fait aucun État membre de l'ONU ne reconnaît la Transnistrie qui ne l'est que par les républiques d'Ossétie du Sud, d'Abkhazie et du Haut-Karabagh elles-mêmes non reconnues internationalement, mais reconnues par la Russie, qui délivre des passeports à leurs citoyens ainsi qu'à ceux de Transnistrie. Ainsi la Transnistrie est, de fait, une enclave russe entre la Moldavie et l'Ukraine.

Alors que l'Union soviétique commence à se démocratiser à la fin des années 1980, il se produit en Moldavie, avec la future Transnistrie et la Gagaouzie, un phénomène similaire à celui observé ultérieurement en Ukraine avec la Crimée et le Donbass, en Géorgie avec l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, ou en Azerbaïdjan avec le Haut-Karabakh : face aux mouvements centrifuges et indépendantistes des Républiques nationales (Moldavie, Ukraine, Géorgie, Azerbaïdjan), le pouvoir russe encourage et soutient l'autonomie des minorités locales (russe en Ukraine et Moldavie, abkhaze et ossète en Géorgie, arménienne en Azerbaïdjan). Cela a pour effet de dresser les habitants les uns contre les autres, et de poser l'armée soviétique en arbitre.

Des histoires effrayantes circulent a propos de l’entrée en Transnistrie, qui impliquent des soldats agressifs demandant un pot-de-vin pour laisser passer les visiteurs. Et bien le passage de frontière s'est fait très facilement et sans perdre de temps. Mais renseignez vous avant de venir car cette facilité d'accès est extrèmement variable car liée directement aux tensions fluctuantes entre la Moldavie et la Transnistrie. En tout cas, je le redis car on lit souvent l'inverse, les douaniers ont été sympathiques et souriants à l'aller comme au retour.

La première chose qui frappe, dés l’entrée à Tiraspol, est le sentiment anachronique d’être de retour dans une république soviétique. Ici, les kopecks arborent encore la faucille et le marteau. Les insignes CCCP surplombent les bâtiments officiels et le drapeau n’a pas changé à la chute de l’URSS. Bienvenue dans un reliquat de la guerre froide.

Dans la rue principale, les restaurants modernes sont visibles et fréquentés par les locaux tous les jours. Mais les endroits intéressants sont cachés, il faut souvent se perdre dans la ville pour les trouver. Pour manger de la nourriture traditionnelle, les locaux conseillent de faire une visite à Kumanek, restaurant ukrainien ouvert dans une vielle maison pas loin du boulevard. Le menu est impressionnant, et il faut absolument essayer le Kvas, qui est une faible boisson alcoolisée à base de céréales et de pain rassis.

L'ambiance dans cette ville est clairement particulière, a commencer par les immenses avenues désertes et le peu de voitures (il n'ont aucun problème de stationnement !).

Il y a peu de monuments dans la ville. On y voit un impressionnant mémorial dédié aux soldats soviétiques tombés pour protéger la ville contre les nazis en 1941 puis pour la libérer en 1944. Les morts de conflits plus récents sont aussi honorés, comme ceux de la guerre d’Afghanistan et bien entendu ceux de la guerre du Dniepr.

De nombreuses statues datant de l'ère communiste sont toujours présentes dans les rues (notamment une très grande de Lénine en face du Soviet suprême). La ville a aussi conservé de nombreux édifices de style stalinien.

Beaucoup de gens décrivent la Transnistrie comme Un Etat fantôme, figé dans l'ère soviétique. C'est un cliché a nuancer car sur certains points, ils n'ont rien a envier à l'Occident question déviances capitalistes, comme dans le cas "Sheriff". Fondé par deux anciens membres des services secrets russes en 1993, le groupe Sheriff est un monopole omniprésent dont le fils du président Smirnov est l’un des principaux dirigeants. Le groupe bénéficie d'un quasi monopole sur les stations d’essence, cigarettes, alcools, téléphonie, supermarchés… le nom de Shériff apparaît partout, même sur l'équipe de foot (et c'est radio Shériff qui diffuse les matchs de l’équipe qui bénéficie d’un stade flambant neuf).

En conclusion, nous n’avons subi aucun trouble, ni avec les autorités, ni avec les locaux, et je vous conseille fortement de visiter Tiraspol si vous passez en Moldavie ou à Odessa. Ce séjour a constitué un réel enrichissement historique, géopolitique et romanesque, avec parfois le sentiment d’être Tintin à la recherche du sceptre d'Ottokar.

Cliquez ici pour un excellent article de fond sur ce pays trouvé dans la revue "Le courrier des Pays de l'Est".